Bien que la rue fut noire de monde, un cercle de près d’un mètre de diamètre de vide séparait le Porte-Parole du reste de la foule. C’était toujours comme cela. La plupart des passants frémissaient à la seule pensée d’effleurer ne serait-ce que le manteau de cet inquiétant personnage. Et ce n’était pas pour lui déplaire. En effet, il devait se maîtriser pour ne pas frissonner de dégoût. Cette humanité grouillante ne lui inspirait qu’une profonde répulsion.
Personne ne savait depuis combien de temps cet être était à la tête du Purgatoire. Lui-même avait progressivement perdu toute notion du temps. Cependant, il se souvenait d’une époque, pas si lointaine, ou il tentait d’agir le plus justement possible, pour le bien des hommes.
Désormais…il avait compris que les Battues et que toute cette violence était le seul moyen de contrôler ces créatures de Dieu. Il n’avait pas d’autre choix que d’agir ainsi, pour le bien commun.
Ce fut perdu dans ces nobles pensées qu’il aperçu une jeune femme avec un bébé dans les bras, discutant avec un homme louche. Il semblait lui proposer un travail d’une nature plus que douteuse. Ce genre de chose arrivait tous les jours, et personne ne s’en souciait, mais aujourd’hui, le Porte-Parole se sentait d’humeur à rendre la justice. Son entrevue avec le péché Envie l’avait convaincu qu’il combattait pour le Bien, et cet individu louche ne méritait sûrement pas de vivre, ni de corrompre des vies. Il frappa le pavé de sa canne, et l’homme se retourna. L’expression horrifiée que prit son visage lorsqu’il se rendit compte qui était celui qui avait osé l'interrompre montrait bien qu’il avait déjà eu affaire au Service Sanitaire auparavant. Il détala sans demander son reste, ignorant qu’un acolyte du Porte-Parole s’était collé à ses pas.
L’être s’approcha alors de la jeune femme, et s’adressant à elle, de son ton le plus neutre :
« J’espère que cet homme ne vous a pas importuné Mademoiselle ? »